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La langue arabe est une langue sémitique, soit une branche des langues issues de Sem, fils de Noé, qui s’était installé au sud de la péninsule arabique après le déluge, notamment où se situe actuellement le Yemen. Le mot « Arabe » provient d’ailleurs de Yaârib, qui fait partie de la progéniture de Sem. Chronologiquement, l’histoire du groupe ethnique arabe peut remonter au moins jusqu’au 12ème siècle avant J.-C., période de constitution du royaume de Saba.

Les conditions climatiques et géologiques de la péninsule arabique ont joué un rôle fondamental dans la construction de la langue arabe, notamment pendant les premières phases de sa constitution, et ce bien avant l’arrivée de l’Islam. Du fait des hautes températures et de l’aspect désertique de la région, et par conséquent du manque de terres fertiles, on peut citer trois caractéristiques qui distinguent la langue arabe :
• Pureté : Ni l’empire perse ni l’empire romain n’a jugé utile d’envahir une région qui n’a, à priori, aucune richesse naturelle à offrir. Ainsi, la langue arabe a évolué de l’intérieur par ceux qui la pratiquent, et non par des influences extérieures.
• Image : Les arabes étant des nomades dans un désert, le manque de distraction permet au cerveau d’errer et à l’imagination de s’activer. Beaucoup de mots dans la langue arabe trouvent ainsi leurs origines ou leurs raisons d’être dans une image issue de leurs habitudes et façon de vivre.
• Identité du peuple : le manque de richesses naturelles dans la région ne donne pas d’élément intuitif auquel l’identité du peuple peut être associée (i.e : les arabes, peuple connu pour… ?). Ainsi, le développement de la langue arabe était de la plus grande importance, le peuple s’identifie donc à une langue d’une beauté, d’un imaginaire et d’une sophistication supposés sans égaux.

Par conséquent, l’usage et le développement de la langue arabe n’était pas un luxe ou un prestige, mais un attribut essentiel définissant ce que c’est qu’être arabe, et aussi un critère de comparaison entre les tribus. Les tribus rivalisaient les unes avec les autres à travers la poésie : chaque tribu choisissait un poète pour la représenter, et le triomphe d’un poète signifiait la supériorité de sa tribu par rapport à la tribu adverse.

Le prix à payer pour cet esprit compétitif, sans nul doute bénéfique pour le développement de la langue arabe, était bien souvent non négligeable. En effet, tandis que le poète gagnant remportait une somme considérable, et accordait à sa tribu un sentiment de fierté, le perdant quant à lui était perçu comme une source de honte, et sa tribu pouvait aller jusqu’à lui ôter la vie pour son échec. À Quraych s’organisait un grand tournoi de poètes, au bout duquel le poème gagnant était accroché à la Kaâba.

Arrive alors le prophète Mohammed, que la paix et la bénédiction soient sur lui, en 571 après J.-C. Pour les grands poètes à Quraych, le prophète représentait une grande menace. Il s’agit d’un analphabète, dont le contenu de sa poésie remet grandement en question le mode de vie des arabes, mais dont le style est si grandiose qu’aucun autre poète ne sera en mesure de le surpasser. Le nombre d’adeptes de la religion musulmane ne fera alors qu’augmenter, ainsi que les tensions entre ces adeptes et leurs proches qui ne souhaitent pas se convertir. Ne pouvant rivaliser avec la qualité linguistique des textes coraniques, les grands de Quraych concluront qu’il sera plus simple de verser du sang afin de faire taire le prophète.

Ces efforts seront en vain, batailles, guerres et conquêtes se multiplieront afin de transmettre le message d’Allah. Partout où les musulmans mettront les voiles, la religion sera l’Islam, et la langue de l’autorité et de l’administration sera l’arabe. Conséquemment, d’une manière ou d’une autre, la langue arabe se frayera un chemin dans les bouches des citoyens, y compris ceux qui ne se convertiront pas à l’Islam, de par la langue qui les gouverne, et de par leur entourage qui se sera converti à l’Islam. L’influence de l’arabe est manifeste et inévitable. Des efforts de simplification et d’adaptation seront aussi menés afin de rendre la langue arabe plus accessible aux populations dont les langues mères sont différentes.

Cette propagation de la langue arabe aura pour avantage la prolifération des contributions scientifiques, littéraires et bien d’autres en langue arabe. Bagdad, capitale des Abbassides, sera aussi un lieu de convergence des savants du monde arabe et de leurs contributions. Celle-ci sera malheureusement envahie par l’empire mongole au 13ème siècle, qui prendra possession de nombreux territoires musulmans, et détruira plusieurs marques de présence arabe et musulmane, à savoir : monuments, livres, bibliothèques, etc.

Le monde musulman entrera alors dans une longue période de stagnation, et progressivement la langue arabe perdra son statut de langue de gouvernance, et ne sera associée directement qu’à l’Islam. Ce n’est alors que lors du 19ème siècle, lors de la renaissance arabe, que certains auteurs arabes, en Egypte et en Grande Syrie, essaieront de réattribuer à la langue arabe sa gloire passée, et ce en ayant recours aux procédés d’imprimerie massive et en distribuant leurs ouvrages ainsi qu’en reproduisant d’anciennes œuvres sur une échelle globale. On cite parmi ces auteurs Gibran Khalil Gibran et Ahmed Chawqi.